LES ICÔNES

La communauté

Le Dalaï-lama
AmmA
Autumn Pelletier
ARVOL LOOKING HORSE
Vandana Shiva
Greta Thunberg
ANTONIO GUTERRES
CHRISTIANA FIGUERES
Naoto Matsumura
Chamseddine Marzoug
Le dalaï-lama

Paix et responsabilité universelle

Le Dalaï-lama réside depuis 1959 à Dharamsala, lieu de son exil en Inde du Nord, au pied de la chaîne Dhauladar, contrefort des Himalayas. De l’autre côté des pics neigeux, son pays natal, le Tibet, est « le Toit du monde », touchant le ciel. Ce fut, avant l’occupation chinoise de 1959, une terre de sages parvenus aux confins de la sagesse, de yogis éprouvés dans des exercices de méditation qui révèlent la nature véritable de la réalité par une connaissance approfondie de l’esprit. Les Tibétains en exil ont conservé vivantes les traditions millénaires de ces sciences, dites « internes », que le Dalaï-lama a introduites dans un dialogue innovant avec des scientifiques de renommée internationale et des experts de l’Agenda 2030.

Le Dalaï-lama portant la casquette des 17 ODD (Objectifs de Développement Durable) de l’Agenda 2030. Dharamsala, novembre 2020, avec le groupe Better We Better World (BWBW)

Le chef des Tibétains est le détenteur de la lignée de Kalachakra, « La Roue du temps », un système de méditation sur les destinées du monde qui expose les interdépendances multiples du vivant. Sur la base de cette intuition singulièrement moderne de la sagesse bouddhiste ancestrale, le Dalaï-lama insiste sur l’unité de la famille planétaire. Il enseigne dans le monde la notion de responsabilité universelle, dont le comité Nobel a reconnu l’importance, déjà en 1989, et qui a fait l’objet d’une résolution du Sénat des Etats-Unis, en juillet 2015. Les sénateurs ont honoré le rôle du Dalaï-lama pour sa promotion de la responsabilité universelle, « principe de référence sur la manière dont les êtres humains doivent traiter la planète et tous les vivants ».

AMMA, MATA Amritananda Moyi

La voie de l’amour

Amma, la sainte indienne, née dans un village indien de pêcheurs du Kerala, est en 2020 une figure humanitaire et spirituelle d’envergure internationale. Très jeune, elle partageait sa maigre nourriture et ses vêtements avec les plus démunis qu’elle avait l’habitude de serrer sur son cœur pour les consoler. Cette étreinte maternelle nommée Darshan, est au cœur de ses tournées mondiales et elle a étreint à ce jour plus de 36 millions de personnes à travers le monde, en leur prodiguant son enseignement, La voie de l’amour.

Son ashram, Amritapuri , le « Lieu de l’Immortalité », entre la Mer d’Arabie et les lagunes du Kérala, est aujourd’hui le siège de l’ONG Embrace the World (ETW), l’une des organisations humanitaires les plus vastes de l’Inde, jouissant d’un statut consultatif à l’ONU, et déployant un réseau d’orphelinats, de dispensaires, d’hôpitaux, de services sociaux, d’écoles, de programmes de micro-crédit et de projets écologiques à travers le monde..

La spiritualité, dans l’ashram d’Amma, ne se limite pas aux cérémonies quotidiennes de prières qui débutent dans la douceur du soleil levant, avec l’offrande du feu, la récitation des Mille noms de la Mère Divine, suivies de plusieurs heures de méditation et de yoga, avant que ne retentissent les bhajans ou chants dévotionnels du soir, dans la lumière dorée du crépuscule pour célébrer l’amour que chacun fait naître dans le temple sacré de son cœur.. La spiritualité c’est aussi la pratique de seva, le service désintéressé dans l’une des multiples œuvres caritatives de l’ashram, notamment l’hôpital très moderne qui offre des soins gratuits aux plus défavorisés.

Autumn Pelletier

l’âme sacrée de l’eau
et le droit humain à l’eau

Autumn Pelletier 1, 16 ans, vit dans son île natale de Manitoulin, en Ontario, au Canada. A 13 ans, elle avait demandé devant l’Assemblée Générale des Nations Unies à New-York de donner les mêmes droits et la même protection à l’eau qu’aux êtres humains. Et en 2018 et 2019, à l'ONU, elle appela à se révolter contre la pollution des sources et les dommages faits à l'environnement, résultant d’une industrialisation irresponsable.

Nommée commissaire en chef de l’eau par la nation Anishnaabe, elle dirige désormais un groupe dont les revendications politiques représentent 40 Premières Nations de l’Ontario (Canada). Militant contre les projets d’oléoducs aux États-Unis et au Canada, elle est le symbole d’une jeunesse consciente de la nécessité d’agir au plus vite pour la préservation de la planète. Le combat d’Autumn Pelletier pour l‘eau défend un droit humain fondamental, inscrit dans l’Agenda 2030 comme ODD (Objectif de Développement Durable) 6 et éclaire un enjeu crucial de notre époque lié à la financiarisation de l’or bleu.

Elle défend les valeurs héritées de sa culture ancestrale, qui inspirent sa lutte de water warrior, guerrière pacifique de l’eau. Elle déclarait en 2017 à l’ONU : « Growing up and understanding how everything is connected to water, and how vital our waterways are is amazing in itself. My people  still live off the land, we eat wild game, we harvest medicines from the lands, our waterways are vital in giving millions clean drinking water ».

ARVOL LOOKING HORSE

« Le Coeur de tout
ce qui est »

Arvol Looking Horse est le chef des Premières nations Lakota, originaire des terres sacrées du lieu-dit « Le Cœur de tout ce qui est », He Sapa en langue Lakota, au Sud-Dakota.

Le Cœur de tout ce qui est, site spectaculaire des Black Hills, a la forme d’un cœur humain, délimité par le relief et la végétation. Des fleuves et des rivières, semblables à des artères et à des veines le traversent et, filmé depuis l’espace, le flux des cours d’eau crée une animation pareille aux battements d’un cœur humain

Reconnu homme de paix par l’ONU, les Etats-Unis, le Canada et l’Australie, Arvol a reçu plusieurs prix et citations, et rencontré le Dalaï-lama et Desmond Tutu.

Vandana Shiva

Pour une Terre vivante

Vandana Shiva icône de la révolution écologique et de l’alter mondialisme, est le visage et la voix d’une Terre vivante. Son action a permis de préserver plus de cinq mille variétés de graines menacées par le brevetage et la marchandisation du vivant. A Dehradun, sa ville natale de l’Inde du nord, elle a créé une Université de la Terre dont les équipes testent les solutions pour régénérer la planète menacée par l’économie extractiviste, ayant rompu, en 50 ans, le temps d’un battement de cil à l’échelle de l’univers, le cycle du carbone et perturbé la capacité d’autorégulation de la biosphère. 

C’est pourquoi Vandana Shiva insiste sur l’urgence de recarboner la Terre, en expérimentant une agriculture, à forte intensité de biodiversité, qui stimule la photosynthèse des plantes, dans le but de retirer un maximum de dioxyde de carbone de l’air, où il ne doit pas être, pour qu’il soit absorbé dans le sol, là où il doit être. Ses équipes œuvrent, avec la conviction que la généralisation de ces pratiques pourrait séquestrer au final suffisamment de CO² pour assainir l’atmosphère et prévenir l’augmentation des températures.

Vandana Shiva milite pour « la démocratie de la Terre » revendiquant cinq souverainetés humaines fondamentales, sur les semences, l’eau, l’alimentation, les sols et les forêts, dans une interaction avec la totalité du vivant pour le bien de tous. Son combat s’inspire des valeurs éternelles de l’Inde, l’ahimsa, ou non-violence, chère à Gandhi. Véritable pollinisatrice des consciences, elle essaime l’espoir sur les cinq continents : « La vie ne renonce jamais. C'est ça l'espoir ! Les graines que nous plantons un jour, finissent toujours pas pousser. Et ce qu'il faut comprendre, c'est que nous sommes tous des semeurs d'espoir. »

Greta Thunberg

Unite Behind the Science & Unite Behind Love

Greta Thunberg lança en 2018 devant le Parlement suédois le mouvement mondial des grèves scolaires. Les Fridays For Future se sont généralisés à l’échelle de la planète, y compris dans les pays où les manifestants font l’objet de poursuites, en Russie, Ukraine ou Afghanistan, ainsi que dans les pays où l’urgence climatique menace la survie des habitants, en Afrique australe et dans les Etats insulaires du Pacifique.

Egérie de la génération climat, Greta Thunberg a dès le début associé dans ses revendications justice climatique et justice sociale. Elle tient à partager son rayonnement médiatique avec d’autres jeunes militants anonymes qui sont en première ligne du combat contre le réchauffement et pour la protection de la biodiversité. C’est ainsi qu’à sa conférence de presse lors de la COP 25 à Madrid, réunissant plus d’une centaine de journalistes du monde entier, elle est délibérément arrivée avec plusieurs jeunes des Premières Nations et après un discours très bref leur a laissé la parole. Son objectif était d’attirer l’attention des média sur le combat des peuples amérindiens et les sagesses de la terre qui sont cruciales pour régénérer la planète.
C’est dans cet esprit que lors de son séjour aux Etats-Unis à l’automne 2019, elle a tenu à rencontrer les Premières Nations et s’est ainsi rendue à Standing Rock, lieu symbolique de la résistance environnementale.

C’est là qu’eut lieu sa rencontre historique avec Arvol Looking Horse, chef des Premières Nations Lakota qui l’honora du titre de Femme descendue du ciel. Elle a accepté de figurer sur la couverture du livre du Dalaï-lama appelant la jeunesse à faire la révolution de la compassion. Est-elle prête à ajouter à son slogan Unite Behind the Science le slogan Unite Behind Love ?

ANTONIO GUTERRES

Une révolution des consciences pour survivre

Premier ministre du Portugal, de 1995 à 2002, puis Haut Commissaire pour les réfugiés de 2005 à 2015, Antonio Guterres devint Secrétaire Général des Nations Unies en 2017. Il définit sa mission comme celle « d’un rassembleur, un médiateur et un pont pour trouver des solutions bénéfiques à tous. » Il affirma sa foi en l’ONU, parce que, dit-il « je crois aux valeurs universelles qu’elle défend, la paix, la justice, la dignité humaine, la tolérance et la solidarité. »


La décennie 2020 est cruciale. António Guterres souligne qu’à l’heure actuelle, trois batailles sont en train d’être perdues. La bataille de la biodiversité, avec un million d’espèces en voie de disparition, la bataille pour la dégradation des océans, avec une pollution croissante, notamment du plastique, et enfin, la bataille de l’Accord de Paris, outil efficace pour lutter contre le changement climatique. Pour éviter la catastrophe, le chef de l’ONU rappelle que des technologies alternatives existent. Elles sont connues, mais pas mises en œuvre, parce qu’il manque une volonté politique pour conduire les transformations requises.
L’initiative Be The Love a justement pour principe de chercher dans l’esprit humain les causes d’une réconciliation entre le projet civilisationnel de ce millénaire et le monde vivant.

En réunissant la jeunesse du millénaire, les représentants des sagesses de la Terre issus des Premières nations, et les pratiquants des disciplines de l’intériorité, le Secrétaire général de de l’ONU s’efforce de promouvoir activement la révolution cognitive dont l’humanité a besoin pour survivre, afin de faire primer sur les intérêts privés sacrifiant la planète et les plus vulnérables, l’intérêt général et la communauté de destin de l’humanité. Le but est aussi d’amorcer une trajectoire de conscience pour porter dans un vaste chantier d’intelligence collective la feuille de route de l’Agenda 2030 qui ouvre la voie vers une humanité réconciliée, une terre hospitalière et un monde fraternel.

CHRISTIANA FIGUERES

« A l’humain rien d’impossible ! »

En décembre 2009, la COP 15 de Copenhague se solda par un fiasco selon la presse internationale. Après 2 ans de négociations intensives, les espoirs n’avaient pourtant jamais été aussi grands de trancher les derniers nœuds politiques, afin que les pays industrialisés, principaux pollueurs, s’engagent sur un texte juridiquement contraignant. Mais on n’aboutit qu’à de vagues promesses sur des énergies nouvelles et la limitation du réchauffement à moins 2° en 2100.
La COP 21 de décembre 2015 à Paris apparut comme la revanche de la COP de Copenhague. Les Accords de Paris représentent en effet l’ultime engagement pour éviter le pire, avec un texte international juridiquement contraignant, atteint en 2015 et acté en 2016. Une feuille de route prévoit de maintenir le réchauffement climatique en dessous de 1,5°, de parvenir à la neutralité carbone, et de soutenir l’effort des pays en voie de développement avec une aide de 100 milliards de dollars par an. Les Accords de Paris représentent donc une avancée historique de la communauté internationale.

L’architecte des Accords de Paris est la diplomate Christiana Figueres, fille du président du Costa Rica, Jose Figueres Ferrer qui, en 1948, instaura la démocratie et abolit l’armée, dont il transféra le budget à la santé et l’éducation. Christiana fut Secrétaire exécutive des Nations Unies pour le changement climatique, entre 2010 et 2016. Lorsque cette fonction lui fut proposée en 2010, au lendemain de la COP de Copenhague, obtenir un accord dans un contexte de désunion et d’irresponsabilité des nations semblait mission impossible. Christiana releva pourtant le défi et entreprit de contacter les représentations diplomatiques des différents pays opposés sur la question climatique. Sa décision et sa réussite furent certes basées sur son expérience professionnelle mais, également, sur un parcours personnel de méditante. Et ce sont les enseignements du maître bouddhiste vietnamien, Thich Nhat Hanh, qui l’aidèrent à développer la force, la sagesse et l’amour nécessaires pour mener six ans durant les négociations et obtenir l’appui de 196 pays, en amont des Accords de Paris.

L’exemple de Christiana Figueres montre comment l’intériorité peut donner, selon ses propres mots, « la profondeur d’optimisme, la profondeur d’engagement et la profondeur d’inspiration », qui en décembre 2015 ont orienté les destinées humaines vers la possibilité d’un monde meilleur. Elle définit son parcours comme « un voyage du sentiment de paralysie, d’impuissance et de vulnérabilité, au sentiment de plein pouvoir pour agir ensemble. » C’est le voyage de guérison dont le monde et chacun de nous avons besoin. C’est le voyage vers l’avenir qu’elle nous propose dans un livre emblématique paru récemment, The Future We Choose, Surviving The Climate Crisis (Manilla Press, UK, 2020).

Naoto Matsumura

Le dernier homme de Fukushima

A Fukushima, Naoto Matsumura est appelé le dernier homme de Fukushima. Car, après l’explosion de la centrale en mars 2011, il refusa d’évacuer la zone, classée secret défense par le gouvernement japonais. Il se cacha pour échapper à l’éviction manu militari des survivants, refusant de quitter la terre irradiée de ses ancêtres et les animaux survivants abandonnés à leur sort. Dans la solitude de Fukushima, irradiée par le feu nucléaire, Naoto Matsumura montre que quand il n’y a plus rien, il reste encore la conscience, la force vitale de la conscience d’un juste de notre temps : « Nous devrions tous posséder l’intuition et comprendre que nous sommes une humble partie de ce délicat tissu de relations qu’on appelle la vie, affirme-t-il. Nous ne sommes pas son exploiteur ni son destructeur. »  

Dans sa ferme, Naoto a aménagé sa vie de survivant d’une des plus grandes catastrophes de notre temps, avec quelques personnes qui soutiennent sa lutte et l’approvisionnent en nourriture non irradiée. Avec la force de l’exemplarité, il témoigne de ses liens avec le monde naturel, du respect et du soin qu’il continue de prodiguer au vivant, au péril de sa propre vie.

Chamseddine Marzoug

L’ange gardien des migrants

Chamseddine Marzoug a aménagé le cimetière des Inconnus à Zarzis, sa ville natale, petit port tunisien proche de la frontière libyenne et avant-poste de la crise humanitaire sévissant aux portes de l’Europe. Sur le rivage, la mer rend par dizaines les corps noyés de migrants subsahariens, qu’elle a démembrés puis rejetés. Certains n’ont plus ni bras ni jambes et, parfois, ni tête. Chamseddine a refusé que ces cadavres soient jetés dans des fosses communes. Depuis 2011, il les enterre de ses propres mains, avec tendresse, comme ses frères et sœurs en humanité, en pensant à leurs familles qui ne sauront jamais si leur parent, leur enfant, leur frère, leur sœur est en vie.

Dans un monde poly fracturé d’identités qui s’opposent, Chamseddine prône la fraternité et l’unité. Le cimetière des Inconnus, dit-il, sans croix, ni stèle, doit être « multi-religions », un lieu de paix et d’amour. « La vie les a rejetés. Alors, dans la mort, il faut leur donner des funérailles dignes et dans le respect. C’est la moindre des choses », martèle le pêcheur qui a pour proverbe : « Le dernier costume n’a pas de poches ».

Chamseddine, de son cœur de Juste, exhorta les députés du Parlement européen en avril 2017 : « Protégeons les humains et non les frontières, exhorte-t-il. Je n’attends plus rien des gouvernants d’Europe ou de Tunisie, seuls les peuples peuvent changer les choses. » Le combat de Chamseddine souligne un drame de notre temps appelé à s’amplifier et auquel les réponses apportées contredisent les droits humains fondamentaux. Est-ce que nous ne sommes pas tous des migrants potentiels ? Que se passera-t-il, lorsqu’éclateront les catastrophes annoncées par 15 000 scientifiques de plus de 150 pays ou par les experts de l’ONU, qui annoncent 250 millions de réfugiés dans les prochaines années ? Le pêcheur de Zarzis se bat non seulement pour les migrants subsahariens, mais aussi pour l’humanité d’aujourd’hui et de demain. Ses soins posthumes aux noyés ne sont-ils pas le rempart de la dernière chance pour un monde humain face à l’inhumanité et à la barbarie de l’une des plus cruelles abominations de notre temps ?

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